257kAbonnés
11kFollowers
1kThreads

Comment le jazz a donné vie à “Etre un homme comme vous” ?

Etre un homme comme vous le livre de la jungle

1928, une petite souris sifflote, chantonne et tape du pied à la barre de son petit bateau à vapeur.  Mickey ouvre l’ère de l’animation sonorisée avec la sortie de Steamboat Willie et Disney la voie de la musique dans ses films.

Dans les années ’50, c’est le jazz qui fait son entrée dans l’univers Disney.  Pensons par exemple à Peg, la petite chienne des rues, qui nous chante le portrait de Clochard dans le film La Belle et le Clochard.

D’autres chansons jazzy vont continuer à illustrer les animations mais celui qui marque réellement le genre sera Le Livre de la Jungle.

Etre un homme comme vous : Une chanson à la vie difficile !

On s’accorde donc pour dire que c’est en 1967, pour la première fois, c’est le jazz qui fait son entrée dans la bande originale d’une animation des Disney Studios.  Et particulièrement avec un titre décoiffant qui fait danser un orang-outan. King Louie !

image 58

Et pourtant ce titre dansant a bien failli ne pas exister dans cette adaptation Disney.  

Des débuts difficiles

Rudyard Kipling écrit Le Livre de la Jungle en 1894.  Ce roman est, en fait, un recueil de nouvelles qui racontent l’histoire de Mowgli, un petit garçon qui a été recueilli par des loups.  

C’est le scénariste Bill Peet qui perçoit le premier le potentiel d’une histoire où des animaux seraient les personnages.  Il va donc convaincre Walt Disney qui en 1962 acquiert les droits pour adapter cette œuvre.  

image 59

C’est bien sûr Peet qui se voit confier l’adaptation et, parallèlement, l’écriture des chansons revient à Terry Gilkyson.

Mais Bill Peet Il fait un récit très sombre de l’histoire.  Et ce n’est pas au goût du papa de Mickey. Les deux hommes ne sont pas d’accord.  Leur collaboration s’arrête là.  

Tous le travail de Peet est jeté à la poubelle, et avec lui, les chansons de Gilkyson !

Deuxième chance

Heureusement pour nous, Disney croit en cette adaptation.  On a résolu, aussi, ce qui était une difficulté majeure, à savoir trouver une histoire reliant les nouvelles de Kipling.  

Walt va alors confier une nouvelle mission à Larry Clemmons : retravailler l’histoire en ne gardant que le nécessaire de l’adaptation de Peet, le tout en saupoudrant le récit de divertissement et de comédie.

image 60

Les choses se mettront définitivement en place avec le choix des acteurs.  Ce sont eux qui donneront apporteront aux personnages leurs caractères particuliers.  Le résultat : une adaptation très originale, loin de la version de Kipling.  

Des acteurs avant une histoire

Innovant, pour la première fois dans un film Disney, les acteurs sont choisis avant l’écriture du scénario.  On comprend alors leur influence sur l’histoire.  Les comédiens qui prêteront leur voix aux personnages vont imposer leur caractère et même leur apparence.

image 61

Ainsi, Phil Harris, qui est connu pour être un joyeux fêtard, va déterminer la joie de vivre de Baloo alors qu’il est un vieux sage un peu bougon chez Kipling.

L’allure chic et légèrement hautaine de George Sanders donne sa démarche ondulante à Sheere Kahn.

image 62

Un personnage inédit

King Louie, lui, n’existe pas dans l’œuvre de Kipling.  Il est un pur produit des studios Disney. 

S’il y a bien des singes dans le livre original, les Bandar-log, il s’agit plutôt d’une bande de primates désorganisée.  Ils vivent dans une ville en ruines, un endroit somme toute assez effrayant, sans aucun chef à leur tête.  Au contraire, lorsqu’ils enlèvent Mowgli, c’est pour le nommer roi. 

image 63

Pas d’orang-outan dans cette histoire qui se situe en Inde alors que les orang-outans ne vivent pas dans ce pays vivent en Indonésie et Malaisie !

Le personnage est créé dans la première version du scénario, celle de Bill Peet.  Il n’est alors qu’un primate plutôt bête, méchant, voire brutal qui veut que Mowgli reconstruise son palais.  Peet n’avait prévu qu’une fin un peu plus détendue, voire comique, celui du sauvetage de Mowgli par Baloo et Bagheera.

image 64

Ce gag sera conservé dans la dernière version avec ce grand moment où  Baloo déguisé en singe grâce à une noix de coco en guise de museau et un pagne de feuilles à la ceinture.

De Louis Armstrong à Louis Prima

Cette scène d’anthologie tient également au choix de l’interprète.  Pour camper le singe avachi sur son trône dans le vieux temple abandonné ne rêvant que de devenir un homme, Disney a d’abord pensé au géant du jazz, Louis Armstrong.  

L’idée sera abandonnée vu le contexte de tensions raciales de l’époque.  Il a semblé préférable d’éviter le stéréotype facile et offensant qui lierait un singe avec un interprète afro-américain.

image 65

Le choix se portera alors sur le trompettiste, Louis Prima, l’interprète du standard I’m just a gigolo.  C’est donc ce musicien qui déterminera l’animation du personnage dont on reprendra les mouvements du musicien et de son orchestre pour reproduire ceux de l’orang-outan et de la bande de singes.  Il soufflera aussi cette allure débonnaire et dynamique du Roi.

image 66

Les Sherman à la rescousse

Avec un jazzman de cette veine, on ne pouvait se passer d’une chanson dédiée au personnage.  Mais à ce stade, Terry Gilkyson a été remercié.  Et il faut se tourner vers d’autres auteurs.

Walt fait alors appel à son duo fétiche de l’époque : les frères Sherman !  Le duo a construit une véritable relation d’amitié au-delà de l’aspect professionnel de leur collaboration.

image 67

L’aventure Disney commence, pour eux, lorsqu’ils présentent à Walt lui-même Strummin’ Song, une chanson composée pour le film The Horsemasters.  Si le maître se contente d’un laconique « Ca ira », il leur confie dans la foulée un autre film, La Fiancée de papa.  Mais surtout, il leur remet un livre qu’il s’agirait de mettre en musique.  Ce livre c’est Mary Poppins.  Ils reviendront avec des chansons mais surtout des propositions pour l’adaptation de l’histoire.  Le papa de Mickey sera tellement satisfait qu’il leur signe un contrat.  Pour la première fois, les Studios ont leurs compositeurs attitrés.

Pas étonnant donc qu’ils soient appelés à la rescousse pour « rattraper » l’histoire du Livre de la Jungle lorsque le projet semble sombrer.  

image 68

Nous sommes en 1964, grande année pour les deux frères.  On leur doit déjà la musique de l’attraction It’s a small World et la présentation de Mary Poppins.  Voilà Le Livre de la Jungle !

Challenge payant

Avec ce projet, les voilà devant l’énorme challenge de disneyifier l’histoire, coller aux personnalités des interprètes et rendre les chansons joyeuses et drôles.  Défi qu’ils ont relevé avec brio !

Le succès de cette dernière production supervisée par Walt lui-même sera immense, entre autre, grâce à cette chanson dynamique.

Pas étonnant qu’elle soit intégrée dans les versions suivantes de l’histoire.  Par exemple comme générique de fin de la suite, Le Livre de la jungle 2 dans une version interprétée par le groupe Smash Mouth

Dans le live – action de 2016, où King Louie n’est plus un ouran-outang déjanté mais un effrayant gigantopithèque de près de 4 m de haut, c’est Eddy Mitchell qui chante la version française sur des notes de clarinette.

Retrouvez tous les épisodes de Ne Me Remercie Pas sur SpotifyApple PodcastDeezerGoogle Podcast et Amazon, mais également sur les réseaux sociaux : FacebookInstagram et la plateforme X !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Première visite ? Voici quelques conseils

Écouter DLRP

Site non-officiel et non affilié à la Walt Disney Company. Les droits des images et musiques appartiennent à leurs auteurs respectifs.

  • https://radio.ready2play.fr:1340/stream
  • DLRP