L’Île au Trésor : Le film qui a lancé le live-action chez Disney
Une date à retenir : 19 juillet 1950
Le 19 juillet 1950 marque une date clé dans l’histoire des studios Disney. Ce jour-là sort L’Île au Trésor, un film qui occupe une place bien particulière dans l’histoire du septième art, mais surtout dans celle des studios Disney. Il s’agit d’une œuvre très importante, même si elle est aujourd’hui un peu oubliée par le grand public.

Un tournant majeur pour les studios Disney
L’Île au Trésor (ou Treasure Island dans sa version originale) est le tout premier film en prises de vue réelles produit par Walt Disney. Jusque-là, le studio était exclusivement tourné vers l’animation, avec des titres emblématiques comme Blanche-Neige et les sept nains, Pinocchio, ou encore Cendrillon, sorti également en 1950.

Ce nouveau projet marque une volonté de diversification. Avec L’Île au Trésor, Disney franchit un cap et commence à se positionner comme un studio capable de produire tous types de films.
Les raisons d’un changement de format
Plusieurs facteurs expliquent ce virage. La Seconde Guerre mondiale a fortement impacté les finances des studios Disney. De nombreux marchés, notamment en Europe, ont été fermés pendant le conflit. Une fois la guerre terminée, Disney tente de reconstituer ses finances. Mais le Royaume-Uni interdit de rapatrier les recettes des films à l’étranger : ce sont les « fonds bloqués ».
Pour les utiliser, Walt Disney trouve une solution astucieuse : produire des films directement en Angleterre. Mais sans animateur à disposition sur place, il opte pour des films en prises de vue réelles.
Une production britannique
C’est dans ce contexte que L’Île au Trésor est tourné, entièrement au Royaume-Uni, avec une équipe britannique. Le film sera le premier du genre, suivi de trois autres : Robin des bois et ses joyeux compagnons, La Rose et l’Épée, et Échec au roi (1954). Ces trois titres tomberont dans l’oubli, alors que L’Île au Trésor résistera. L’aventure du live-action se poursuivra ensuite aux États-Unis, avec des films d’aventure comme 20 000 lieues sous les mers ou Les Robinsons des mers du sud.

Une œuvre issue de la littérature classique
Le film s’inspire d’un grand classique de la littérature d’aventure, écrit par Robert Louis Stevenson. Le roman est né de l’idée d’une carte secrète, créée pour amuser le beau-fils de Stevenson, Lloyd Osbourne, âgé de 12 ans. Entre 1881 et 1882, L’Île au Trésor est publié en feuilleton dans le magazine Young Folks sous le titre L’Île au trésor ou la mutinerie de l’Hispaniola, sous le pseudonyme de Capitaine George North. Le texte est ensuite publié en livre le 14 novembre 1883.
Le récit raconte l’histoire du jeune Jim Hawkins, qui découvre une carte au trésor et embarque pour une aventure en mer. Il y rencontre Long John Silver, personnage devenu l’archétype du pirate à jambe de bois.
Une adaptation fidèle à l’esprit du roman
L’adaptation cinématographique reste relativement fidèle à l’esprit du roman. Quelques ajustements sont faits, mais le récit original est clairement reconnaissable. Le personnage de Long John Silver, notamment, est interprété par l’acteur britannique Robert Newton. Sa performance redéfinit la figure du pirate au cinéma.
La naissance de l’accent « pirate »
Robert Newton invente à cette occasion l’accent pirate. Le célèbre « Arrr ! » et le rythme particulier de la voix viennent de lui. Originaire du West Country anglais, région associée aux marins, il s’en inspire pour créer une voix inoubliable. Aujourd’hui encore, cette version de l’accent est utilisée pour incarner des pirates, que ce soit dans les parcs à thèmes ou les dessins animés. C’est dire l’impact culturel de cette interprétation.
Une distribution presque entièrement britannique
Le tournage ayant lieu au Royaume-Uni, les acteurs sont presque tous britanniques. Seule exception notable : le jeune Jim Hawkins est interprété par Bobby Driscoll, enfant fétiche des studios Disney, déjà vu dans La Mélodie du Sud. Ce choix aura des conséquences juridiques.
Une infraction à la législation britannique
Bobby Driscoll est américain. En le faisant travailler au Royaume-Uni, Disney viole la législation du travail britannique : l’acteur ne possède pas de permis de travail et est deux ans trop jeune pour en obtenir un.

Résultat : Driscoll, son père, et Walt Disney Productions écopent chacun d’une amende de 100 £. Il est interdit à Driscoll de continuer à travailler sur le film. Pourtant, les scènes sont terminées avant son renvoi aux États-Unis.
Une réception critique très positive
Le film est très bien accueilli par la critique. Ce succès conforte Disney dans son idée de poursuivre les films en live-action. Cela permettra, dans les années suivantes, de produire 20 000 lieues sous les mers, Davy Crockett, ou encore Mary Poppins (1964). Grâce à ces films, Disney élargira son public et ne se limitera plus aux enfants.
Un film pionnier pour le genre « pirate »
L’Île au Trésor pose les bases de nombreux codes visuels du genre « pirate » au cinéma : jambe de bois, perroquet sur l’épaule, trésor enfoui, code d’honneur pirate. Le personnage de Long John Silver, à la fois mentor et traître, est un anti-héros ambigu, ce qui est inhabituel pour l’époque.
Une ambition technique réelle
Le film est ambitieux techniquement. Les décors, notamment le galion, sont réalisés avec soin. De vrais navires sont filmés en mer, un défi à l’époque. Les costumes, les effets de mer et les scènes d’action (comme les abordages et les duels) sont tournés avec réalisme.
Un projet personnel pour Walt Disney
Walt Disney suit de très près la production, même à distance. Il s’agit pour lui de prouver que Disney peut faire autre chose que des films d’animation pour enfants. L’Île au Trésor est un test. Et s’il fonctionne, d’autres films suivront.

Un film fondateur souvent oublié
L’Île au Trésor n’est pas une simple curiosité. C’est le point de départ d’une stratégie plus large. Sans ce film, des œuvres comme Pirates des Caraïbes ou Tron n’auraient peut-être jamais vu le jour. Ce film montre aussi la volonté de Disney de créer un imaginaire visuel et un récit universel qui dépasse les frontières.
