Ca S’Est Passé Un… 9 Juin 2007 : Ouverture de Crush’s Coaster


Les anniversaires, chez Disney, sont rarement de simples prétextes à un feu d’artifice ou à une nouvelle parade. Ce sont souvent l’occasion de vrais investissements, de véritables transformations du parc lui-même. En 2007, pour ses quinze ans, le Resort parisien va métamorphoser l’un des coins les plus modestes de son deuxième parc. Le 9 juin 2007 ouvre au grand public l’attraction Crush’s Coaster, un grand huit couvert entièrement thématisé autour du film Pixar « Le Monde de Nemo ». Cette ouverture s’inscrit très précisément dans le cadre des célébrations du quinzième anniversaire du Resort, qui avait ouvert ses portes en 1992.
Un anniversaire, prétexte à une métamorphose
Le Walt Disney Studios Park, à cette époque, n’a que cinq ans : il a ouvert en 2002, avec une zone consacrée à l’animation qui s’appelait à l’origine « Animation Courtyard ». Une zone plutôt modeste, construite autour d’un principe simple : montrer aux visiteurs les coulisses du métier d’animateur. Mais avec le temps, ce coin du parc reste un peu en retrait, moins spectaculaire que d’autres zones, et les équipes de Disney décident d’en faire l’un des grands chantiers de ce quinzième anniversaire.

Les premières réflexions démarrent en 2006, sous la forme de ce que Disney appelle un projet de « placemaking », c’est-à-dire une refonte en profondeur de l’identité d’une zone du parc, et pas simplement l’ajout d’une nouvelle attraction isolée. L’objectif est de transformer cette Animation Courtyard un peu terne en un véritable « Toon Studio », un plateau de tournage animé, coloré, immersif, où les visiteurs ont l’impression de pénétrer directement dans l’univers des studios Pixar et Disney. Le projet ne sera officiellement annoncé à la presse qu’au moment du lancement des célébrations du quinzième anniversaire, le 1er avril 2007, avant que les nouvelles attractions n’ouvrent leurs portes quelques semaines plus tard, en juin.
Le Monde de Nemo comme fil conducteur
Le choix de s’appuyer sur « Le Monde de Nemo » est assez logique si on resitue le contexte : le film, sorti en 2003, signé Andrew Stanton pour les studios Pixar, avait été un immense succès critique et commercial, récompensé par l’Oscar du meilleur film d’animation. C’est l’histoire d’un poisson-clown, Marin, parcourant l’océan à la recherche de son fils Nemo, avec l’aide d’une tortue de mer haute en couleur nommée Crush, qui donnera justement son nom à l’attraction. Quatre ans après la sortie du film, l’univers est encore extrêmement populaire auprès des familles, ce qui en fait un candidat idéal pour une nouvelle attraction familiale.

Sur le plan technique, la conception représente un vrai défi d’ingénierie. Les Imagineers de Disney collaborent pour la première fois avec l’entreprise allemande Maurer, spécialisée dans la construction de montagnes russes. Ils partent d’un modèle existant du fabricant, mais le transforment et le personnalisent à un point tel qu’il devient pratiquement méconnaissable pour le visiteur : on ne devine absolument pas, en montant à bord, qu’il s’agit à l’origine d’un modèle de coaster standard. C’est ainsi que se finalise le « Crush’s Turtle Twister », un nom finalement jugé trop compliqué à prononcer, et abandonné avant l’ouverture au profit du plus simple « Crush’s Coaster ».
Une déclinaison mondiale de l’univers Nemo
Crush’s Coaster est une véritable exclusivité et n’existe nulle part ailleurs que dans le parc parisien. En revanche, l’univers du « Monde de Nemo » est déployé, presque simultanément, dans plusieurs parcs Disney à travers le monde, chacun avec un concept d’attraction totalement différent. Quelques mois plus tôt, le 4 janvier 2007, Epcot, en Floride, inaugure « The Seas with Nemo & Friends », un parcours scénique bien plus lent et familial, où les visiteurs embarquent à bord de petits véhicules en forme de coquillage pour glisser tranquillement au milieu d’un authentique aquarium peuplé de vrais poissons, mêlés par un jeu d’illusions optiques aux personnages du film.

Du côté de la Californie, à Disneyland même, dans la zone de Tomorrowland, ouvre le « Finding Nemo Submarine Voyage », qui réutilise les authentiques sous-marins du légendaire « Submarine Voyage » historique, fermé depuis 1998, pour embarquer pour un tout autre voyage, bien plus contemplatif, sous l’eau.
Cette attraction californienne ouvre le 11 juin 2007, soit deux jours à peine après Crush’s Coaster à Paris — le signe d’une stratégie mondiale bien orchestrée par Disney, qui décide de décliner ce succès Pixar dans plusieurs parcs au même moment, chacun avec sa propre traduction du même univers. Il faudra encore attendre une dizaine d’années pour qu’un quatrième parc s’y mette : c’est au tour de Tokyo DisneySea, en 2017, d’ouvrir le « Nemo & Friends SeaRider », un simulateur de mouvement bien plus technologique, où les visiteurs sont miniaturisés pour explorer les fonds marins aux côtés des personnages. Mais Crush’s Coaster reste, à ce jour, la seule et unique version « grand huit » de cet univers sous-marin.
Une ouverture officielle et un succès durable
La grande cérémonie officielle d’ouverture se tient onze jours plus tard, le 20 juin 2007. Disney y met les moyens : l’intégralité du personnel de Toon Studio est conviée à participer à la fête, en tapant dans leurs claps de cinéma en guise d’applaudissements, clin d’œil au thème du « studio de tournage ». Une multitude de personnages défilent sur un tapis rouge, avec un savoureux face-à-face entre les classiques et les Pixar. Ce sera aussi la toute première apparition à Paris de Rémy et Émile, les deux rats du film « Ratatouille », sorti aux États-Unis quelques jours à peine auparavant.

Cette attraction n’arrive pas seule ce jour-là : une autre nouveauté est inaugurée, Cars Quatre Roues Rallye, inspirée cette fois du film Pixar « Cars ». À elles deux, ces attractions marquent symboliquement la naissance de ce nouveau Toon Studio, en lieu et place de l’ancienne Animation Courtyard.

L’accueil du public est très largement à la hauteur des ambitions du projet : Crush’s Coaster devient quasiment immédiatement l’une des attractions les plus prisées du parc, avec des files d’attente parmi les plus longues du Resort pendant de nombreuses années. L’expérience est assez unique dans le paysage des parcs Disney : un grand huit presque intégralement couvert, mêlant sensations et mise en scène immersive, ce qui est encore assez rare à l’époque. On lui reproche tout de même, avec le recul, une capacité d’accueil assez limitée — les véhicules ne transportent que quatre visiteurs à la fois — ce qui explique en partie ces files d’attente à rallonge qui ont marqué des générations de visiteurs.

L’attraction a traversé les années jusqu’à aujourd’hui, et a même été au cœur d’une nouvelle page de l’histoire du parc. En 2021, à la réouverture du Resort après la pandémie, Disneyland Paris annonce que Crush’s Coaster va intégrer une toute nouvelle sous-zone baptisée « Worlds of Pixar », regroupant l’ensemble des attractions inspirées de l’univers du studio d’animation.
Plus récemment encore, en 2025, le Walt Disney Studios Park a connu une transformation d’ampleur, avec la fermeture de l’historique Toon Studio au profit d’un nouvel espace baptisé World Premiere Plaza, dans le cadre de la refonte plus large du parc, désormais rebaptisé Disney Adventure World. Malgré tous ces bouleversements, Crush’s Coaster continue, encore aujourd’hui, d’accueillir les visiteurs dans les eaux animées du Monde de Nemo. Ce qui devait être, à l’origine, une opération de rajeunissement d’une zone un peu délaissée est devenu l’une des attractions les plus identitaires de tout le Resort parisien.
