Ca S’Est Passé Un… 25 Mai 1983 : Inauguration du « New Fantasyland » à Disneyland


Chapitre 1 — Un rêve sacrifié dès 1955
Quand Walt Disney conçoit Disneyland, il imagine pour Fantasyland un authentique village de conte de fées, à l’architecture européenne raffinée et cohérente. Mais à l’approche de l’ouverture du parc en 1955, les coûts explosent — le budget initial triple purement et simplement — et des choix drastiques s’imposent. Fantasyland est l’une des zones qui en pâtit le plus : au lieu du village médiéval rêvé, les équipes bricolent des façades en bois peint, présentées comme une grande fête foraine médiévale, avec tentes, bannières et drapeaux. Le résultat est joli, mais très éloigné du premier choix de Walt.

Ce décor de fortune va pourtant perdurer près de trente ans, traversant les années 1950, 1960 et 1970 avec seulement quelques ajustements ponctuels — comme l’ajout, en 1957, d’un parcours à pied dans le château avec les dioramas de la Belle au Bois Dormant, inauguré en présence de l’actrice Shirley Temple. Mais dans l’ensemble, Fantasyland conserve ce visage de fête foraine bricolée. Avec le temps, le bois vieillit mal, les attractions s’entassent, la circulation des visiteurs devient difficile, et le contraste devient de plus en plus flagrant avec les autres zones du parc, régulièrement modernisées.
Chapitre 2 — Un chantier titanesque pour honorer la vision initiale
Au tournant des années 1980, les Imagineers décident qu’il est enfin temps de réaliser ce que Walt avait imaginé dès le départ. Le projet est piloté notamment par Tony Baxter, l’un des Imagineers les plus reconnus de sa génération. L’ambition est claire : abandonner définitivement le thème de la fête foraine pour un véritable village européen de conte de fées, avec des façades en pierre et en pans de bois.

La zone ferme entièrement au public en janvier 1982, et les travaux durent un peu plus d’un an. Il ne s’agit pas d’un simple ravalement de façade : les bâtiments sont littéralement vidés de l’intérieur, et les attractions elles-mêmes sont remaniées pour correspondre au nouveau thème extérieur. On ne repeint pas des décors, on reconstruit une bonne partie de la zone.
Pour les visiteurs, les changements sont considérables. Plusieurs attractions historiques — Le Voyage d’Alice au Pays des Merveilles, Le Manège Enchanté de Mr Toad, Blanche-Neige et ses Aventures — reçoivent un véritable lifting, tant dans leur décor extérieur que dans leur mise en scène intérieure. L’attraction d’Alice intègre pour la première fois le personnage lui-même au fil du parcours. Une nouvelle attraction fait son apparition, le Voyage Périlleux de Pinocchio, tandis que le restaurant du Bateau Pirate et son fameux rocher disparaissent pour laisser place à un nouvel emplacement pour Dumbo l’Éléphant Volant. Même les tasses de la Fête Foraine sont déplacées vers un endroit plus dégagé, trop proches jusque-là d’autres attractions tournantes.
Chapitre 3 — Le 25 mai 1983 : une réouverture haute en symboles
Le 25 mai 1983, le « New Fantasyland » ouvre enfin ses portes. Un détail symbolique fort accompagne l’événement : le pont-levis du château de la Belle au Bois Dormant est abaissé, un geste extrêmement rare, réservé aux occasions les plus solennelles de l’histoire du parc.

La cérémonie démarre à 10 heures du matin devant le château. Le clou du spectacle devait être cet abaissement du pont-levis, que l’on n’avait plus vu depuis l’ouverture du parc en 1955. Mais alors que la cérémonie battait son plein, Maléfique surgit, s’élevant dans les airs au-dessus des murs du château grâce à un mécanisme dissimulé dans les douves, derrière un faux mur de pierre temporaire. Menaçant de gâcher les festivités et de s’emparer du royaume, c’est le Prince Philippe qui sauve la situation, permettant enfin l’abaissement du pont-levis.

Des figures chargées d’histoire assistent à l’événement, comme Annette Funicello et Bobby Burgess, deux visages emblématiques du Mickey Mouse Club des années 1950. Côté organisation, Disney avait publié d’importantes campagnes publicitaires annonçant la grande réouverture officielle pour le samedi 28 mai, réservant le 25 à une avant-première pour la presse et les employés. Mais le jour même, la direction du parc décide d’ouvrir les accès au reste des visiteurs — une technique de soft opening qui permet d’étaler l’affluence sur plusieurs jours.
Chapitre 4 — Un héritage qui perdure encore aujourd’hui
La grande réussite de ce chantier tient dans sa longévité : l’agencement général et l’esthétique du New Fantasyland de 1983 sont restés, dans leurs grandes lignes, ceux que les visiteurs connaissent encore aujourd’hui. Les décennies suivantes apporteront bien de nouvelles évolutions ponctuelles — boutiques, espaces de rencontre avec les personnages, attractions modifiées ou remplacées — mais la structure même de cette zone, ce village européen de conte de fées que Walt avait imaginé dès l’origine sans jamais pouvoir le concrétiser de son vivant, est bien celle qui voit le jour ce 25 mai 1983.

Cette date reste ainsi particulière dans l’histoire de Disneyland : elle ne raconte pas simplement une rénovation parmi d’autres, mais le moment où le parc choisit de revenir sur une décision prise dans l’urgence, presque trente ans plus tôt, pour enfin honorer une promesse que les contraintes budgétaires avaient empêché de tenir en 1955.

