Ca S’Est Passé Un… 14 Juin 1958 : Ouverture d’Alice in Wonderland


Le 14 juin 1958, Disneyland inaugurait une attraction qui allait devenir l’un des symboles de Fantasyland : Alice in Wonderland. Plus de soixante ans plus tard, les visiteurs embarquent toujours à bord de chenilles géantes pour suivre Alice dans sa course derrière le Lapin Blanc. Pourtant, cette attraction aujourd’hui emblématique a connu une genèse complexe et a même failli ne jamais voir le jour.
Chapitre 1 : Un projet ambitieux né malgré les doutes autour du film
Lorsque Alice au Pays des Merveilles sort au cinéma en 1951, son accueil n’est pas à la hauteur des grands classiques Disney tels que Blanche-Neige et les Sept Nains, Pinocchio ou Cendrillon. Walt Disney considère longtemps que le film n’a pas réussi à créer le même lien émotionnel avec le public. Malgré cette réception mitigée, l’univers du film fascine les Imagineers. Avec ses personnages extravagants, ses changements d’échelle permanents, ses illusions visuelles et ses décors surréalistes, le Pays des Merveilles semble idéal pour être adapté dans un parc à thèmes.

Dès la conception de Disneyland, en 1954, les équipes imaginent donc une attraction inspirée de l’œuvre de Lewis Carroll et du film d’animation. Le projet initial est très différent de ce qui existe aujourd’hui. Il s’agit d’une promenade pédestre où les visiteurs auraient traversé eux-mêmes le terrier du Lapin Blanc avant de découvrir différentes scènes du film. Le parcours devait notamment permettre de participer à la course saugrenue du Dodo, d’explorer la maison du Lapin Blanc ou de s’aventurer dans la forêt enchantée. L’ambition était de plonger les visiteurs au cœur même du récit grâce à une expérience particulièrement immersive.

Cependant, un problème majeur apparaît rapidement. Une attraction parcourue à pied risquait de provoquer d’importants embouteillages. Certains visiteurs auraient souhaité s’attarder devant les nombreux détails tandis que d’autres auraient continué leur chemin plus rapidement. La gestion des flux devenait alors quasiment impossible. Le concept est finalement abandonné. À l’approche de l’ouverture de Disneyland en 1955, les contraintes budgétaires et les délais de construction obligent même Disney à repousser totalement le projet. L’espace réservé à Alice est réaffecté à d’autres installations et, pendant quelque temps, l’idée semble définitivement enterrée.
Chapitre 2 : La renaissance du projet et une innovation majeure
Après l’ouverture de Disneyland, Walt Disney poursuit sa politique d’expansion continue du parc. De nouvelles attractions sont ajoutées régulièrement et Disneyland devient un véritable laboratoire d’expérimentation. À la fin de l’année 1957, le projet Alice refait surface. Cette fois, les Imagineers choisissent une solution plus efficace : créer un dark ride, un parcours scénique où les visiteurs embarquent dans un véhicule qui les transporte à travers les différentes scènes de l’histoire. La conception est confiée à Claude Coats, artiste majeur des studios Disney ayant également travaillé sur le film de 1951. D’autres vétérans du long-métrage participent au développement, notamment Ken Anderson.
Les concepteurs doivent alors relever un défi important : raconter l’histoire d’Alice dans un espace particulièrement contraint. Pour y parvenir, ils imaginent une solution originale et audacieuse : construire l’attraction sur deux niveaux. Cette innovation est exceptionnelle pour l’époque. Alice in Wonderland devient même le premier dark ride de Disneyland à utiliser deux étages. Une partie du parcours s’élève au-dessus des attractions voisines avant de redescendre vers la sortie. Cette caractéristique unique existe encore aujourd’hui et contribue fortement à l’identité de l’attraction.

Les véhicules prennent la forme de grandes chenilles inspirées du personnage du film. Grâce à ce choix, les visiteurs ont l’impression d’avoir rétréci et d’entrer eux-mêmes dans le Pays des Merveilles.
Chapitre 3 : L’ouverture de 1958 et les premières années de succès
Le 14 juin 1958, après moins d’un an de travaux, Alice in Wonderland ouvre officiellement ses portes au public. L’inauguration bénéficie d’une importante couverture médiatique. La cérémonie est retransmise à la télévision et voit la jeune Mouseketeer Karen Pendleton, déguisée en Alice, couper le ruban inaugural.

La version originale de l’attraction est relativement différente de celle connue aujourd’hui. Les technologies disponibles à la fin des années 1950 restent limitées. Les visiteurs découvrent alors des décors peints, des silhouettes en carton découpé, des jeux d’éclairage élaborés et de nombreuses illusions optiques. Malgré ces limites techniques, tous les personnages emblématiques du film sont déjà présents : le Lapin Blanc, le Chat du Cheshire, le Chapelier Fou ou encore la Reine de Cœur et son célèbre ordre : « Qu’on lui coupe la tête ! ». L’objectif n’est pas de raconter fidèlement chaque détail du scénario. Les concepteurs cherchent surtout à reproduire l’atmosphère étrange, absurde et imprévisible qui caractérise le Pays des Merveilles.

Le succès est immédiat. Alors même que Walt Disney avait exprimé des réserves sur la réception du film, l’attraction séduit rapidement les visiteurs. Parallèlement, le long-métrage lui-même connaît une spectaculaire réévaluation. Les nouvelles générations redécouvrent l’œuvre et tombent sous le charme de son humour absurde et de son esthétique visuelle unique. Peu à peu, Alice au Pays des Merveilles devient l’un des grands classiques du catalogue Disney.
Chapitre 4 : Une attraction unique au monde
Au début des années 1980, Disney entreprend une refonte complète de Fantasyland. Entre 1983 et 1984, Alice in Wonderland est entièrement reconstruite et modernisée. La nouvelle version, inaugurée en 1984, propose des décors enrichis, de nouvelles scènes et diverses améliorations technologiques. La production fait également appel à Kathryn Beaumont, la voix originale d’Alice dans le film de 1951, qui enregistre une narration spécialement pour l’attraction. C’est essentiellement cette version modernisée qui accueille encore les visiteurs aujourd’hui.

L’histoire de cette attraction présente un paradoxe intéressant. L’univers d’Alice est largement représenté dans les parcs Disney du monde entier. Les célèbres Mad Tea Party, inspirées de la scène du non-anniversaire avec leurs tasses tournantes, sont présentes dans presque tous les Royaumes Enchantés Disney. De nombreux labyrinthes, restaurants, boutiques et jardins reprennent également l’esthétique du film. À Disneyland Paris, par exemple, l’univers est représenté par le célèbre Labyrinthe d’Alice, devenu l’une des attractions emblématiques de Fantasyland.

Pourtant, le dark ride Alice in Wonderland n’a jamais été reproduit ailleurs sous cette forme. Disneyland en Californie demeure encore aujourd’hui le seul parc Disney au monde à proposer cette expérience complète. Cette attraction incarne à elle seule plusieurs éléments fondamentaux de l’histoire de Disneyland : l’imagination des premiers Imagineers, les contraintes budgétaires des débuts, la volonté permanente d’améliorer les attractions existantes et la capacité de Disney à transformer une œuvre initialement accueillie avec réserve en véritable classique intemporel.

Plus de six décennies après son inauguration, les visiteurs continuent ainsi d’embarquer à bord de leur chenille géante pour plonger dans le Pays des Merveilles. Une longévité exceptionnelle qui constitue sans doute la plus belle preuve de réussite pour cette attraction née dans les années 1950 et toujours unique dans tout l’univers Disney.

