
La naissance d’un pionnier oublié
Depuis plus d’un siècle, l’univers de The Walt Disney Company s’est enrichi de centaines de personnages. Certains sont nés directement de l’imagination de Walt Disney, tandis que d’autres sont apparus au fil de l’évolution des studios. Parmi eux, un personnage occupe une place à part : Oswald the Lucky Rabbit, longtemps disparu avant de revenir triomphalement des décennies plus tard.
Pour comprendre l’importance de ce retour, il faut remonter aux années 1920. Walt Disney est alors un jeune animateur ambitieux, déjà connu pour la série des Alice Comedies, distribuée par Margaret Winkler. Mais en 1927, des difficultés financières obligent le studio à abandonner cette production.

C’est à ce moment que Charles Mintz propose de créer un nouveau personnage : un lapin, plus original que les nombreux chats déjà présents à l’écran, afin de conclure un contrat avec Universal Pictures. Walt Disney et son principal animateur Ub Iwerks se mettent au travail. Le 4 mars 1927, un contrat est signé pour produire 26 courts-métrages mettant en scène Oswald.

Le premier dessin animé, Poor Papa, est rejeté par Universal : Oswald y apparaît trop âgé et peu attachant. Disney et Iwerks repensent alors le personnage, plus jeune, vif et soigné, dans Trolley Troubles. Sorti le 5 septembre 1927, ce film lance officiellement la série et devient un immense succès, permettant même au studio Disney de s’agrandir. Oswald devient ainsi le premier personnage original à porter l’avenir du studio et prépare la voie à la naissance d’une icône mondiale.
La perte qui changea l’histoire
Le succès d’Oswald pousse Universal à signer en 1928 un nouveau contrat pour trois années supplémentaires. Mais Walt Disney découvre rapidement que George Winkler, à la demande de Mintz, monte les films sans son accord et recrute ses animateurs dans son dos.
Lors d’une rencontre à New York en février 1928, Mintz propose à Disney de réduire sa commission à 20 %. La majorité de ses animateurs ayant déjà quitté le studio, Walt Disney n’a d’autre choix que d’abandonner la production d’Oswald.
Sur le trajet de retour en train, il réfléchit à un nouveau personnage dont il posséderait entièrement les droits. Avec Ub Iwerks, il crée secrètement Mickey Mouse. Le court-métrage Plane Crazy est produit durant l’été 1928, suivi à l’automne par Steamboat Willie, dont la bande sonore synchronisée rencontre un succès phénoménal et éclipse complètement Oswald. Cette perte devient une leçon fondamentale : Disney comprend qu’il ne doit jamais perdre le contrôle des droits sur ses personnages. Sans cette épreuve, Mickey Mouse n’aurait probablement jamais existé.

Pendant ce temps, la carrière d’Oswald continue sans Disney. Mintz ouvre son propre studio, puis la production est confiée à Walter Lantz. Le personnage évolue : gants blancs, chaussures, yeux plus grands, puis en 1935 une refonte plus réaliste. Malgré cela, Oswald perd progressivement sa personnalité originale et disparaît peu à peu, éclipsé par Mickey et ses compagnons. Sa dernière apparition survient en 1951 dans The Woody Woodpecker Polka.
Oswald devient alors un pionnier oublié.
Le retour inattendu d’un lapin chanceux
Le 9 février 2006 marque un tournant historique. Bob Iger, alors PDG de Disney, conclut un accord avec NBCUniversal pour récupérer Oswald et les 27 courts-métrages originaux produits par Walt Disney.

L’échange est surprenant : Disney transfère le commentateur sportif Al Michaels de ABC et ESPN vers NBC Sports. À cette époque, ABC avait perdu les droits de la National Football League, et Michaels souhaitait retrouver son collègue John Madden pour l’émission “Sunday Night Football”.

En échange, Universal cède à Disney la marque Oswald, les films originaux et le matériel physique du personnage. Cet accord est à la fois légal, stratégique et symbolique.

Bob Iger souhaite aussi relancer la propriété intellectuelle. Cette ambition mène notamment au jeu vidéo Epic Mickey, où Oswald joue un rôle central.
Selon Rebecca Cline, directrice des Archives Disney, Walt Disney aurait été ravi de voir revenir le personnage qu’il avait perdu en 1928.
Héritage et renaissance
Depuis son retour, Oswald n’est plus un simple souvenir historique. Il apparaît dans les jeux vidéo, les parcs Disney, le merchandising et dans des courts-métrages spéciaux, notamment lors des célébrations Disney100.

Oswald est aujourd’hui reconnu comme le laboratoire créatif de Disney : son style, ses gags visuels et sa personnalité espiègle ont directement influencé Mickey Mouse et l’ensemble de l’univers Disney.
Le 9 février 2006 marque ainsi le retour triomphal d’un personnage fondateur dans sa maison d’origine. L’histoire d’Oswald rappelle qu’un échec peut transformer profondément une destinée — et parfois donner naissance à une icône mondiale.










