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Ca S’Est Passé Un… 13 Novembre 1940 : Sortie de Fantasia

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Ca S'Est Passé Un... 13 Novembre 1940 : Sortie de Fantasia

Dans l’histoire de Disney, certains films ont connu un succès immédiat. D’autres ont marqué une étape décisive dans l’évolution du cinéma d’animation. Mais rares sont ceux qui peuvent prétendre au statut de projet visionnaire. Présenté pour la première fois en novembre 1940 au Broadway Theatre de New York, Fantasia demeure encore aujourd’hui l’une des créations les plus audacieuses jamais portées par Walt Disney.

Sans véritable héros principal, sans intrigue continue et mêlant animation, musique classique, expérimentation visuelle et innovations technologiques, le film déroute autant qu’il fascine. Plus qu’un long métrage, il s’agit d’une tentative de réinventer ce que peut être le cinéma.

Chapitre 1 – De Mickey Mouse à un rêve artistique inédit

À la fin des années 1930, Walt Disney vient de connaître un triomphe historique avec Blanche-Neige et les Sept Nains. Le succès du film a démontré qu’un long métrage d’animation pouvait captiver le grand public et devenir un véritable phénomène culturel.  Pourtant, Walt Disney ne se satisfait jamais de ses réussites passées. Son ambition est constante : repousser les limites de son art.  À cette époque, un sujet le préoccupe particulièrement. Mickey Mouse, la mascotte emblématique des studios, commence à perdre de son éclat. De nouveaux personnages, notamment Donald Duck, attirent davantage l’attention du public. Walt cherche alors un moyen de redonner du prestige à sa célèbre souris.

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L’idée prend forme autour d’un court métrage inspiré du poème symphonique L’Apprenti sorcier de Paul Dukas. Mickey y interprète un jeune apprenti magicien qui utilise des pouvoirs qu’il ne maîtrise pas et provoque une catastrophe mémorable en donnant vie à des balais chargés de transporter de l’eau.  Mais le projet devient rapidement plus ambitieux que prévu. Les coûts de production explosent et Walt Disney comprend qu’il sera impossible d’amortir l’investissement avec un simple court métrage.  C’est alors qu’intervient une rencontre décisive : celle de Leopold Stokowski.

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Chef d’orchestre parmi les plus célèbres de son époque, directeur de l’Orchestre de Philadelphie, Stokowski partage avec Disney une conviction audacieuse : la musique classique doit être accessible au plus grand nombre.  Très vite, le projet change d’échelle. Pourquoi se limiter à une seule œuvre musicale lorsque l’on pourrait créer un véritable spectacle associant plusieurs chefs-d’œuvre classiques à l’animation ? C’est ainsi que naît l’idée de Fantasia.

Walt Disney imagine alors un concept totalement inédit : un « film-concert » dans lequel la musique ne serait plus un simple accompagnement mais deviendrait le cœur même de l’expérience.

Chapitre 2 – Une œuvre sans précédent

Lorsque Walt Disney se lance dans un projet, il ne voit jamais petit. Son ambition pour Fantasia dépasse largement celle d’un film traditionnel.  Il rêve d’une œuvre évolutive, régulièrement enrichie de nouveaux segments, à la manière d’un spectacle vivant constamment renouvelé. Certaines de ses idées paraissent aujourd’hui étonnamment modernes. Il envisage notamment des écrans géants, des systèmes de projection innovants et même des effets sensoriels destinés à enrichir l’expérience du spectateur.  Faute de moyens techniques suffisants, une grande partie de ces concepts restera à l’état de projet. Ils témoignent néanmoins de la manière dont Disney imagine déjà le cinéma du futur.

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Finalement, huit œuvres classiques sont retenues. Parmi les compositeurs figurent Jean-Sébastien Bach, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Ludwig van Beethoven, Igor Stravinsky, Paul Dukas, Modeste Moussorgski et Franz Schubert.  Chaque morceau est confié à une équipe d’animateurs bénéficiant d’une liberté créative inhabituelle. Cette approche va donner naissance à une œuvre unique en son genre.

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Contrairement aux productions traditionnelles des studios, Fantasia ne raconte pas une histoire unique. Le film se compose d’une succession de tableaux indépendants, tous reliés par la musique.

L’ouverture est particulièrement audacieuse. La Toccata et Fugue en ré mineur de Bach donne lieu à une expérience visuelle abstraite composée de couleurs, de formes et de mouvements lumineux. Pour les spectateurs de 1940, habitués aux personnages attachants et aux récits narratifs, cette séquence est profondément déroutante.

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Le voyage se poursuit avec la suite de Casse-Noisette, où champignons dansants, fleurs valsantes et fées transforment le passage des saisons en ballet animé.

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Mais le segment le plus célèbre demeure L’Apprenti sorcier. Mickey Mouse y retrouve une place centrale et devient enfin la vedette du projet qui avait initialement été imaginé pour lui. Les célèbres balais transportant inlassablement des seaux d’eau figurent encore aujourd’hui parmi les images les plus iconiques de toute l’histoire de Disney.

Chapitre 3 – Quand Disney ose l’impossible

L’audace de Fantasia ne se limite pas à sa structure ou à son esthétique. Certaines séquences emmènent le public vers des territoires totalement inattendus.

L’exemple le plus spectaculaire est sans doute celui du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky. Plutôt que d’illustrer un conte ou une légende, les animateurs choisissent de raconter l’histoire de la Terre primitive : la formation de la planète, l’apparition de la vie et finalement l’extinction des dinosaures.

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Pour un film d’animation sorti en 1940, une telle approche est extraordinaire. Le spectateur se trouve à des années-lumière du divertissement familial traditionnel.

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Autre sommet du film : Une nuit sur le mont Chauve, inspiré de l’œuvre de Moussorgski. La séquence met en scène le démon Chernabog dominant une montagne et réveillant les esprits de la nuit. Sombres, puissantes et parfois inquiétantes, ces images continuent d’impressionner les spectateurs et sont souvent considérées parmi les réalisations les plus marquantes produites par les studios Disney.

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Parallèlement, Walt Disney cherche également à révolutionner l’expérience sonore.  Pour accompagner le film, les équipes mettent au point un procédé baptisé Fantasound. Ce système utilise plusieurs canaux audio afin de créer une immersion inédite. Aujourd’hui, le public est habitué au son stéréo ou aux systèmes surround. En 1940, il s’agit d’une véritable révolution technologique.  Cette innovation a toutefois un coût considérable. Les équipements nécessaires à la diffusion de Fantasia sont extrêmement onéreux, ce qui va fortement compliquer l’exploitation commerciale du film.

Chapitre 4 – Un échec financier devenu un chef-d’œuvre intemporel

Malgré l’enthousiasme d’une partie de la critique et l’admiration suscitée par ses prouesses artistiques, Fantasia ne rencontre pas le succès financier espéré.  Les dépenses engagées pour sa production et pour l’installation du système Fantasound rendent sa rentabilité difficile. La situation se complique encore davantage avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Les marchés européens deviennent largement inaccessibles, privant Disney d’une part importante des revenus potentiels.

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Le résultat est sans appel : le rêve de Walt Disney de transformer Fantasia en une série permanente de films évolutifs est abandonné.  Si l’on se place sur le plan économique, l’entreprise peut être considérée comme un échec. Sur le plan artistique, en revanche, l’histoire retiendra tout autre chose.

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Au fil des décennies, Fantasia acquiert le statut de film culte. Son influence s’étend bien au-delà de l’univers Disney. L’œuvre démontre que l’animation peut être davantage qu’un simple divertissement familial : elle peut devenir une véritable forme d’expression artistique.

Son héritage est tel qu’une suite verra finalement le jour près de soixante ans plus tard. En 1999, Fantasia 2000 est lancé sous l’impulsion notamment de Roy E. Disney, neveu de Walt Disney. Le principe reste fidèle à celui de l’œuvre originale : associer animation et musique classique à travers une succession de séquences indépendantes.

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Plus de huit décennies après sa création, Fantasia demeure un film à part dans l’histoire du cinéma. À travers lui, Walt Disney a tenté de réinventer simultanément l’animation, la relation entre l’image et la musique, ainsi que les technologies de diffusion sonore. Si le public de 1940 n’était peut-être pas encore prêt à accueillir pleinement cette vision, le temps lui a donné raison.

C’est sans doute la meilleure preuve que Fantasia était véritablement en avance sur son époque.