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Ca S’Est Passé Un… 17 Août 1986 : Première diffusion publique de Luxo Jr.

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Ca S'Est Passé Un... 17 Août 1986 : Première diffusion publique de Luxo Jr.

Chapitre 1 — Des origines improbables, dans l’ombre de Lucasfilm

Pixar est née dans l’orbite d’un géant du cinéma : Lucasfilm, la société de George Lucas. À la fin des années 1970, une division informatique y est créée pour explorer l’usage du numérique dans les effets spéciaux. On y trouve des chercheurs passionnés par une discipline encore balbutiante, l’image de synthèse, structurée notamment par deux noms clés : Ed Catmull et Alvy Ray Smith, qui y attirent des talents exceptionnels.

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Un autre nom va prendre toute son importance : John Lasseter. Son parcours est singulier, puisqu’il vient… de Disney. Animateur aux studios Disney au début des années 1980, formé à la grande tradition de l’animation traditionnelle, sa passion pour l’informatique ne colle pas avec le studio de l’époque. Il rejoint la division informatique de Lucasfilm en 1984, où l’alchimie se crée immédiatement avec Catmull, Smith et leur équipe.

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Le vrai tournant survient en 1986. George Lucas, en pleine période financière compliquée, vend cette division qui lui coûte cher. Un nom inattendu entre alors en scène : Steve Jobs, le fondateur d’Apple, qui rachète la division pour environ cinq millions de dollars. C’est ce qui donne naissance à Pixar. À ce moment-là, l’entreprise n’est absolument pas conçue pour faire de l’animation : c’est une société de matériel informatique, dont le produit phare est une machine puissante destinée, entre autres, à l’imagerie médicale ou à la recherche pétrolière. L’équipe d’animation existe toujours, mais en marge, produisant de courtes démonstrations pour mettre en valeur les capacités de ce fameux Pixar Image Computer.

Chapitre 2 — De simples lampes de bureau, un tour de force d’animation

L’inspiration de ce qui allait devenir « Luxo Jr. » est d’une simplicité désarmante. John Lasseter a sur son bureau une lampe Luxo et s’amuse à la modéliser en trois dimensions, un peu comme un exercice. Mais son instinct d’animateur reprend le dessus : il lui donne une personnalité. Il crée ensuite une version « junior », plus petite, plus vive, plus maladroite, inspirée du jeune fils d’un collègue. Le duo est trouvé : une grande lampe, figure parentale, et une petite, un peu casse-cou.

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L’histoire qui en naît est d’une simplicité extrême. La petite lampe joue avec un ballon, saute sous le regard résigné de la grande, jusqu’à ce que le ballon, malmené, se dégonfle. Le petit Luxo, penaud, est un instant réprimandé… avant de repartir de plus belle vers un ballon encore plus gros qu’il vient de découvrir. Aucun dialogue : seulement le mouvement, pour exprimer la curiosité, la joie, la déception. Un véritable tour de force, qui a demandé environ quatre mois et demi de travail acharné à une équipe réduite et très soudée, réunissant autour de Lasseter deux autres artisans essentiels : Bill Reeves et Eben Ostby.

Chapitre 3 — Le 17 août 1986 : une standing ovation inattendue

Le 17 août 1986 se tient à Dallas le fameux SIGGRAPH, la grand-messe annuelle de l’infographie, qui réunit chercheurs, ingénieurs et professionnels de l’image de synthèse du monde entier. Une soirée de projection y réunit les meilleures réalisations en animation par ordinateur de l’année. Devant une salle d’environ six mille personnes est projeté « Luxo Jr. », avec deux autres films de l’équipe : « Flags and Waves » de Bill Reeves et « Beach Chair » d’Eben Ostby.

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La réaction du public dépasse toutes les attentes : des applaudissements retentissent avant même la fin du film, alors qu’il s’agit pourtant de professionnels habitués aux prouesses techniques. Mais avec « Luxo Jr. », c’est la première fois, ou presque, qu’on en arrive à oublier qu’on regarde de l’animation par ordinateur, tant le réalisme émotionnel prend le pas sur le réalisme visuel — et ce, avec un simple objet du quotidien, sans véritable visage. C’est le génie du film, qui deviendra la marque de fabrique de tout ce que Pixar produira ensuite : la technologie au service de l’émotion et du récit, une philosophie héritée directement de la formation traditionnelle chez Disney, appliquée ici à des images entièrement générées par ordinateur.

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L’impact est considérable sur le plan de la reconnaissance : « Luxo Jr. » devient le tout premier film d’animation par ordinateur nommé aux Oscars, l’année suivante, dans la catégorie du meilleur court métrage. Il ne remporte pas la statuette, mais envoie un signal fort à toute l’industrie du cinéma. En 2014, il sera même sélectionné pour être préservé par le Registre national du film aux États-Unis.

Chapitre 4 — De la carte de visite à l’empire Disney

Le succès de la projection donne une visibilité inattendue à la petite équipe d’animation, alors que la vente de l’ordinateur graphique, elle, peine à décoller. Luxo devient, sans le vouloir, la meilleure carte de visite de l’entreprise. Il ne quittera d’ailleurs plus jamais son histoire, puisque la lampe devient le fameux logo qu’on voit encore aujourd’hui à chaque ouverture de long métrage.

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En 1986, Disney n’est pas encore dans le paysage, mais le terrain se prépare. L’équipe continue à produire de courts films, toujours avec cette ambition de montrer que l’animation par ordinateur peut raconter des histoires. En 1988 sort « Tin Toy », qui remporte, lui, l’Oscar du meilleur court métrage d’animation. Progressivement, l’attention des studios Disney est attirée — des studios alors en pleine renaissance sous l’impulsion de Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg. D’abord de petites collaborations techniques, puis un véritable accord signé en 1991, portant sur trois longs métrages entièrement animés par ordinateur que Disney s’engage à distribuer. Il débouchera, quelques années plus tard, sur « Toy Story », le tout premier long métrage entièrement réalisé en images de synthèse de l’histoire du cinéma.

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La collaboration se poursuit ensuite avec des succès retentissants — « 1001 pattes », « Toy Story 2 », « Monstres et Cie », « Le Monde de Nemo », « Les Indestructibles » — jusqu’à ce que les relations se tendent autour de la répartition des droits et des bénéfices. L’épilogue sera spectaculaire en 2006 : Disney rachète Pixar Animation Studios pour environ sept milliards et demi de dollars. C’est le retour de John Lasseter chez Disney, en tant que directeur créatif, supervisant à la fois Pixar et les studios d’animation Disney eux-mêmes. La boucle est bouclée, d’une façon assez remarquable — tout cela venant de deux petites lampes de bureau.